Hier une radio demandait "à des jeunes", ce que c'est "La Marseillaise". Beeeen... C'est ce qu'on chante avant les matches de fooot des Bleus, quoâ.
Il y aurait beaucoup à dire sur cette réponse et sur ce qu'elle signifie désormais. La référence à l'histoire de France y est absente, on pouvait s'en douter. La Révolution de 1789, également. Dans tous les pays où des gens se battent contre des dictatures, le drapeau français et la Marseillaise, comme symboles de lutte contre l'oppression, comme évocations de la Liberté (avec un "L" majuscule) sont pourtant présents, chaque fois, par la volonté des insurgés. Le symbole agit "ailleurs", mais plus "ici".
C'est qu'ils n'ont plus chez nous, de sens politique que chloroformés dans les cérémonies officielles, dans les célébrations compassées aux monuments aux morts, ou dans l'attirail propagandiste du front national. Et n'ont plus droit de cité que dans les stades, agités et fredonnés (à peu de chose près) pour annoncer les navrances de la clique à Domenech. Sauf quand la France en question reçoit des équipes du Maghreb, l'hymne étant alors sifflé par le public eu égard aux" fractures culturelles" des jeunes "à cheval" entre deux identités.
Cette absence de fond véritable permet d'abreuver les tranches horaires de "libre parole" sur toutes les radios où se perpétue le contresens, à propos des paroles supposées "violentes" de l'hymne révolutionnaire. Gand merci à l'autre échalas de Yannick Noah pour avoir largement diffusé cette ânerie.
La gauche a abandonné depuis des lustres toute référence à l'identité nationale, concept estampillé facho, qui la dérangeait bigrement de par la réalité du passé colonialiste (pourtant largement construit par la 3eme République radicale). La droite a laissé toute latitude au FN pour récupérer le matos, les drapeaux et l'hymne, permettant ainsi la confusion permanente entre "patriotisme" et "nationalisme". Ca ne dérangera jamais l'extrême gauche, pour qui par définition "les travailleurs n'ont pas de patrie" (sauf en temps de guerre où on ne leur demande pas leur avis).
Reste la référence à la résistance. Allez, offrons lui même un "R" majuscule.
"Résistance". Je ne parle pas de celle de Cali. Je parle de Jean Moulin, Pierre Brossolette, Gabriel Péri, celle des fusillés de Chateaubriand, de l'Affiche Rouge et des Maquis des Glières.
Faut-il décider que ces combattants ne se battaient QUE pour la Liberté? Contre l'oppression nazie? Ou admettre qu'ils luttaient aussi POUR "la nation française", "le drapeau", "les valeurs qu'elle symbolise"? En d'autres termes, dans la polémique actuelle sur le sens à donner "à l'identité nationale", et en dehors du constat que la manip lancée par Besson en direction de l'électorat de droite extrême, apparait plus que grosse, peut-on réduire sérieusement la Résistance à une motivation unique, ignorant que s'y retrouvèrent des trotskystes et d'anciens cagoulards, des communistes et des conservateurs, des radicaux et des modérés, tous agis par des idéaux différents, qu'il faudrait structurer comme dit Malraux, au delà "d'un désordre de courages"?
Ainsi, réduire la tentative de récupération "du concept d'identité nationale" à une manoeuvre "pétainiste" comme l'a fait mon amie sénatrice communiste Eliane Assassi à la télé, m'apparait réducteur, quoi qu'on pense encore une fois de la manip' bessonienne. Dans cette affaire où on aurait largement besoin de se confronter à la complexité, aux nuances, à l'analyse historique, aux évolutions sociologiques, aux réflexions de fond sur la mixité sociale, ethnique... toute simplification, d'où qu'elle provienne, ne sert qu'un seul et même camp: l'ignorance.
Autant dire que sur ce sujet, tout le monde y contribue, médias, politiques, et blogueurs.
"mon identité nationale". apatride par raison, français revendiqué de culture, breton de coeur et celte par imagination, parisien de souche, belge et amazonien métis d'origines, hétérosexuel pratiquant, bisexuel potentiel par freudisme bien compris, laïc de conviction, judéo-chrétien d'éducation, cyclothymique par penchant, anar de tripes, de droite par pulsion, de gauche par générosité, de centre par prudence, et désespéré par nature.
Et tout ça ça fait, d'excellents français, chantait Maurice Chevalier.
Ta gueule, Chevalier.













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