... marche aussi en remplaçant le mot "bébé" par le mot "ventre".
Il y a d'un côté ce principe des mères porteuses, que la loi s'apprête à banaliser sous le terme plus clean de "gestation pour autrui", lequel aura ce double mérite: évacuer le mot "mère" du débat,; et limiter le fait de porter un enfant à sa dimension "technique", toute connotation affective étant absente du mot "gestation", assez peu utilisé spontanément par une future mère "pour elle-même". Ainsi, ce dialogue, capté à telle hypothétique machine à café:
- oh, Nicole dis donc tu as pris du ventre? Tu attends un bébé?
- Oui je suis en gestation pour moi-même.
Il est évident que ces jeux sur les mots ne sont rendus possibles que par l'avancée scientifique permettant l'inséminartif à donf', et donc "de rendre service" à telle dame en manque cruel de marmot, mais incapable pour des raisons intra-utérines de gestater pour elle-même. (je crois que j'invente "gestater"; mais j'ai bien lu "candidater" dans quelque charabia RH, alors ne mégotons pas. Des temps nouveaux exigent des mots nouveaux).
La généralisation de ce recours à la porteuse de remplacement choque quelques âmes retardataires, là où les partisans du bien en marche ne voient que des avantages. Le premier étant d'affirmer "la magnifique solidarité sororale" de Nicole, mettant ses ovaires à disposition d'une Chantal déficiente de ce côté. Si l'on y gagne au plan du féminisme, il ferait beau voir qu'on s'y opposât! D'autant que l'argument oiseux, suggérant que nous entrerions dans une modernité absurde et "a-naturelle" , est vite balayé par un rappel aux temps jadis, lorsque dans les campagnes, les nourrices agissaient volontiers ainsi.
Le passé n'a plus, dans ce genre de discussion, voix au chapitre que pour éventuellement justifier telle avancée décisive, ainsi banalisée. En revanche il se disqualifie en tant que tel dans toute contestation des dites avancées, comme dans l'expression : mais ça, ce sont des visions du passé, cher monsieur!
La gestation pour autrui a cet autre mérite: organiser une nouvelle division du travail qui permettra tout plein de petits arrangements entre parents stériles mais financièrement à l'aise, et mamans dans le besoin; ainsi ces femmes élevant seules leur(s) propre(s) marmot(s) dont on nous dit ces jours-ci qu'elles ont bien du mal à joindre les deux bouts. Le fait qu'elles aient souvent choisi de faire comme dans le succès de Goldman "un bébé toute seule", ne devant par ailleurs jamais être contesté. Le bébé ainsi privé de père n'ayant d'ailleurs qu'à la boucler.
Le développement encouragé (par en-dessous) du mercantilisme maternitaire sera naturellement dénié officiellement: la morale devra être sauve, et l'idée d'une marchandisation de l'enfant demeurer toujours tabou. Quand bien même, et d'autant plus, qu'il ne sera en réalité question QUE de cela.
C'est d'ailleurs par quoi le féminisme, idéologie qui n'est progressiste qu'en trompe-l'oeil (vu qu'elle permet toujours de défendre une chose ET son contraire), rejoint le plus sordide libéralisme où tout, absolument TOUT doit pouvoir se négocier. Il suffit d'ailleurs de noter que c'est aux USA, berceau hystorique de la pensée maternitaire, qu'on peut commander son enfant sur catalogue, avec sélection des critères et spécificités, exactement comme on configure son prochain 4X4 écolo sur le net.
Restons dans la loi du marché, à laquelle succombent si facilement tous nos progressistes, pour peu qu'on leur fasse miroiter l'hypothèse d'un désir enfin assouvi. A côté des très nombreux "couples mariés en manque terrible d'enfants", entendez hétérosexuels, -puisque mariés, il faut suivre, un peu-, existe cet autre marché captif: les couples homosexuels des deux genres en mal d'amour à donner. J'entendais hier, commentant la décision d'un tribunal d'octroyer l'agrément à ce couple de dames, deux hommes "concernés" se féliciter de l'avancée; mais précisant que pour eux-mêmes, la démarche serait sans doute trop longue; et qu'il leur faudrait plutôt se tourner vers l'étranger pour, -le mot fut dans les deux cas, par eux lâché-, "acheter" un enfant. L'un d'eux avait d'ailleurs l'habileté rhétorique de se désoler de l'emploi du mot, qu'il jugeait abominable, mais qu'il définissait de fait comme la seule alternative qu'on (la société, les salauds de réacs, les hétéros, les phobes de tous poils, les curetons, NOUS, quoi) laissait à son couple pour assouvir son DROIT à l'enfant. Comme toujours en pareil cas, "le mot" le désolait. Pas l'acte lui-même.
Il est intéressant de noter que ce débat sur l'égalité, la normalité, l'anormalité, l'altérité, l'équivalence, - comment on l'appelle n'importe d'ailleurs plus le moins du monde, tous ces mots-là sont interchangeables, puisqu'il FAUT qu'on n'y comprenne plus RIEN, mais qu'on RESSENTE - le fait qu'on puisse désormais recourir à des moyens techniques de remplacement à la bonne vieille procréation à l'ancienne" dite "papa dans manman", suffit à légitimer que le droit, la morale, la psychologie, et en dernière analyse "l'intérêt de l'enfant" doivent se mettre illico au garde-à-vous, et céder aux nouvelles conditions envisageables. Et ce n'est pas le moindre intérêt de ces débats sociétaux (sans parler même de paradoxe, on n'en est plus là. Des paradoxes! qui s'en soucie?) que de remarquer ceci: ce sont les mêmes qui dénoncent "la déshumanisation des rapports sociaux" et "l'envahissement des techniques et technologies" dans nos vies quotidiennes, qui balayent d'un revers de manche toute discussion relevant ici de la vraie morale (religieuse ou pas, d'ailleurs), dès lors que la technique rend possible l'illusoire satisfaction de leur DESIR.
Je dis "illusoire" parce que je crois, avec Jacques Lacan, que "La demande en soi porte souvent sur autre chose que sur les satisfactions qu’elle appelle".
En l'occurrence, cette affirmation du désir d'enfant chez de nombreux couples homos répond à mon avis, moins au désir d'enfant lui-même, qu'au passeport de normalité et de reconnaissance "sociale" dont celui-ci sera pour eux porteur. Vis-à-vis de la famille, notamment. En témoigne que dans tous les couples où s'organise une homoparentalité heureuse, est chaque fois soulignée l'acceptation par les "grands parents", qui apparait du coup sur un registre de validation, de légitimation. Je cite ici Freud : l'homme est un être de désir, son désir doit être reconnu par l'autre , y compris et surtout, insistait-il,
dans la dimension sociale du mot. Et d’ajouter " Le désir ne peut pas ne pas se traduire dans une expression sociale ".
A sa suite, des sociologues ont développé ce point. Renaud de Sainsaulieu a beaucoup travaillé sur « reconnaissance et identité », identité qui exprime en l'individu " la quête de force qu'on retrouve dans les ressources sociales, pour arriver à la possibilité de se faire reconnaître comme détenteur d'un désir propre ". " Désireux d'être, disait Sainsaulieu, le sujet ne trouve sa plénitude que dans les moyens sociaux de codifier cette expérience ".
Au-delà: on peut trouver étonnant que ce soient aussi les mêmes qui proposent d'interdire la prostitution en ce qu'elle serait un "commerce du corps" équivalant à un esclavage, (même si pour le coup, ce commerce existe bel et bien depuis la nuit des temps, quoi qu'on en pense par ailleurs); et qui envisagent d'un bon oeil cet autre "commerce" que sera bel et bien la gestation pour autrui. Cela n'a en réalité rien que de très cohérent. Ce qui fait problème avec la prostitution, dans l'idéologie maternelle qui est la nouvelle idéologie dominante, c'est que ce commerce d'avant était sexué, et s'effectuait dans une dimension d'alterité reposant de fait sur un lien de domination de genre. Ce n'est pas l'argent qui dérange, mais le fait que ce soit un homme qui détienne le pouvoir du billet.
Alors que dans la gestation, non! il s'agira d'un commerce "entre femmes", où la dimension sexuelle aura été gommée (inseminartif), voire niée (le père privé du plaisir de coucher pour le devenir) pour ne ramener l'enjeu qu'à une affaire de location d'utérus, avec un soupçon de solidarité, de complicité dont l'homme sera également exclu. On n'est plus si loin des sociétés idéales naguère imaginées par les toquées du genre Solanas... Si la femme n'est pas forcément l'avenir de l'homme, le féminisme est sans nul doute l'avenir du libéralisme.
Il est donc normal que se retrouvent dans une même communauté d'intérêts féministes et lobbyistes gays, pour sinon supprimer, du moins banaliser, en attendant mieux, ce qui reste de l'ancien monde, où les relations hommes-femmes supposaient du sexe, de l'altérité, de la procréation, et des conflits qui naturellement parfois s'en suivaient.
Reste à imaginer l'égo de ces enfants dont l'histoire sera fondée sur une transaction commerciale. On nous jure qu'ils seront aussi heureux que les autres, dès lors qu'on leur donnera de l'amour! Et même, plus! vient-on suggérer, en ne cessant dans ces débats de ramener le couple hétérosexuel aux seules caricatures de ceux qui ne fonctionnent pas, pour mieux laisser penser que les autres ne seront pas pires, et mieux probablement! Hétérophobie rampante en marche... mais c'est une autre histoire...
Il ne reste alors qu'à faire l'impasse sur les parcours de douleur et souffrance qui constituent déjà la vie adulte de ceux qu'on appelle "nés sous X"... qui n'ont souvent de cesse de retrouver ... leurs géniteurs originaux.
Mais si l'on devait s'arrêter à cela, comment ferait-on avancer la cause du bien, du juste, et de l'égalité à tout prix?













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